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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 15:40

  Radura_international.png

 

Il est mignon tout plein ce logo, n'est-ce pas ? Tout vert, comme la nature, ou l' « AB » de l'agriculture biologique. Au milieu on dirait une fleur, avec ses deux pétales, pétales qu'on retrouve d'ailleurs sur le B du même « AB ». Le cercle autour on dirait le ciel, en pointillés, et le demi-cercle plein fait penser à la terre.

 

Ce symbole est le logo RADURA, et il marque les aliments qui ont été irradiés. Surprenant, non ?

(cliquez ici pour comparer avec le logo AB)

 

 

L'ionisation des aliments :

 

J'ai appris tout récemment, au détour de mes recherches sur le nucléaire, que certains de nos aliments étaient irradiés. Enfin, quand c'est volontaire on ne dit pas irradiés mais « ionisés ». C'est plus élégant, et ça fait probablement moins peur au public. Le but de cette irradiation, pardon ionisation, est de décontaminer les aliments et augmenter leur durée de conservation. Cette pratique a commencé fin des années 1950.

 

« L'irradiation des aliments consiste à [les] exposer à des rayonnements ionisants afin de réduire le nombre de micro-organismes qu'ils contiennent. » [...] « Ce procédé est aussi appelé pasteurisation à froid, parce qu'il ne suppose pas de traitement thermique comme la pasteurisation [qui s'effectue entre 60 et 100°C], et vise également à la conservation des aliments et à leur stérilisation [qui s'effectuent habituellement entre 100 et 180°C] » (Wikipedia).

 

Cette méthode est formidable ! Ralentir la germination, la maturation, décontaminer les aliments, et même les traiter à travers leurs emballages et/ou déjà congelés ! Que du bonheur !

 

 

Résumé du procédé :

 

Techniquement l'opération est assez simple. Dans le cas du traitement aux radioisotopes (généralement du 60Cobalt) on place les palettes entières d'aliments au sein de boucliers de béton, et on arrose de rayons gamma pendant plusieurs minutes. C'est le procédé le moins coûteux et le plus efficace car il traite l'aliment en masse ainsi qu'en profondeur.

 

On peut aussi passer les aliments (en général les fruits) aux rayons bêta (faisceaux d'électrons) mais cette fois le procédé est bien plus coûteux et le traitement ne se fait qu'en surface.

 

 

Un danger ?

 

On va éviter tout de suite de crier au loup, l'irradiation/ionisation ne laisse aucune trace de radioactivité dans nos aliments. Sur ce point cette technique est absolument sans danger (à part pour ceux qui manipulent les sources de radioactivité évidemment). Pas besoin donc de sortir vos compteurs Geiger pour aller faire les courses, non, le souci se situe bien ailleurs.

 

Pour vanter les mérites de l'irradiation (ionisation) des aliments, on nous dit qu'elle élimine les insectes (qu'ils soient nuisibles ou pas), les micro-organismes (bactéries, etc., nuisibles ou nécessaires à notre organisme), et permet de rallonger la « vie » des aliments en détruisant leur pouvoir germinatif. C'est parfaitement vrai.

 

Sauf qu'on oublie de dire, ou on évite, qu'elle détruit aussi les nutriments (notamment les vitamines), altère le goût et l'odeur, modifie la texture, et peut dans certaines conditions créer à l'intérieur de l'aliment des composés cytotoxiques (altérant les cellules) et mutagènes (altérant l'ADN) pour l'homme (principalement des radicaux libres, j'y reviens plus loin).

 

On oublie aussi de dire que, si les bactéries sont bien détruites, les toxines qu'elles ont produit en vivant sur, ou au sein, de l'aliment restent présentes et parfaitement intactes. De plus, cette irradiation aide évidemment ces mêmes bactéries (et les insectes, etc.) à muter, générant des lignées qui seront plus résistantes à ces traitements à l'avenir... Sympathique tout ça non ?

 

Le danger n'est pas dans la radioactivité, mais dans les effets secondaires du bombardement radioactif infligé aux aliments, qui réduit leur qualité nutritive, voir les rend toxiques.

 

 

Les ravages de la paranoïa australienne :

 

Certaines nourritures pour animaux ne subissent pas de passage à très haute température lors de leur préparation. C'est le cas notamment de la nourriture pour chiens et chats produite par la société canadienne Orijen (croquettes à base de viandes fraîches et viandes cuites à très basse température). Du coup, les australiens avaient pris pour habitude de passer ces produits Orijen, dès leur entrée en douane, aux radiations, et ce afin d'éviter tout risque d'importation de germes et parasites sur leur territoire.

 

Le problème avec l'irradiation (ionisation) c'est que, plus vous irradiez les aliments, plus vous les abîmez et les rendez toxiques. Or, si les aliments destinés à l'alimentation humaine sont en général irradiés à faible dose (5 à 10 kGY, faible mais pas sans conséquence comme nous le verrons plus loin), les études qui ont suivi les accidents mortels en Australie ont montré que les nourritures animales concernées avaient été passées à des doses entre 50 et 61kGY !

 

Pourquoi un tel niveau d'ionisation ?

La réponse est à la fois simple et terrifiante : avec l'irradiation, plus besoin de se poser de questions sur la préparation, l'acheminement et la fraîcheur de l'aliment... Le fabricant n'a pas respecté les normes sanitaires ? Un coup de rayon et aucune trace. L'aliment aura dépassé sa date limite de conservation quand il arrivera à son point de vente ? Un coup de rayon et hop ! la maturation est ralentie, voir stoppée selon les doses, et visuellement aucune trace.

 

Conséquences pour l'Australie ?

Tragiques, 90 chats gravement malades, 30 mourront (la majorité euthanasiés). Les maladies déclarées : ataxie (perte de coordination musculaire), paraplégie (paralysie des membres inférieurs), tétraplégie (paralysie des 4 membres), et perte de la vue. Les symptômes apparaissaient en 4 mois.

 

Comment ont été sauvés les 60 autres ?

Changement de régime alimentaire, soins infirmiers, physiothérapie (agir sur les fonctions physiques et la motricité) et du temps. Tous se sont rétablis au bout d'un ou deux mois de travail.

 

Les aliments Orijen dans tout ça ?

85 000 chats de 49 autres pays ont reçu des aliments Orijen identiques sur la même période. Aucun ne leur a infligé le traitement ionisant à l'australienne, et aucun n'a constaté de soucis sur la santé de ses chats (ou accessoirement de ses chiens). Reconnaissant que les chats ont tendance à aller piquer de la nourriture dans les gamelles de leurs compères canins, et la nourriture à destination des chiens subissant en Australie le même traitement énergétique, les responsables de la société ont d'abord rapatrié tous leurs stocks, puis ont stoppé et interdit leurs exportations de nourriture canine et féline à destination de ce pays.

 

Article détaillé ici : Veterinary Information Network News Service (anglais)

 

 

Les causes des décès :

 

Les autopsies des premiers cas ont d'abord fait penser à des carences fatales en vitamines (notamment A, qu'on sait par expérience être détruite à 77% par une ionisation à 50kGY). Puis les scientifiques sont revenus sur leurs conclusions, certains chats morts ne présentant pas cette carence.

 

Au final il apparaît que les aliments produits par la société Orijen sont nutritionnellement denses, avec des niveaux beaucoup plus élevés d'acides gras à longue chaîne (DHA acide docosahexaénoïque, EPA acide icosapentaénoïque) que dans les autres aliments pour animaux (c'est une bonne chose, ces acides gras sont très utiles à nos organismes de mammifères).

 

Malheureusement, ces acides gras sont susceptibles de s'oxyder massivement lorsqu'ils sont soumis à une irradiation, et les sous-produits de cette oxydation sont principalement les radicaux libres. Ceux-ci, une fois libérés dans le corps, sont capables de causer d'importants dommages aux cellules.

 

Et maintenant, je vais simplement citer l'excellent article de Vitamag " Radicaux libres: attention, danger ! " :

« les radicaux libres accélèrent le processus du vieillissement de plusieurs façons. En premier lieu, ils altèrent les membranes cellulaires et endommagent l'ADN et l'ARN, nécessaires à la synthèse des protéines et des enzymes. »

 

« Notre corps lutte contre les radicaux libres en produisant des enzymes qui les détruisent. De surcroît, des substances présentes dans les aliments, que l'on appelle antioxydantes, favorisent la synthèse de ces enzymes ou en potentialisent l'action. »

 

« Il existe de très nombreux antioxydants, dont les plus connus sont le bêta-carotène [une sorte de double molécule de vitamine A], les vitamines C et E, et l'oligo-élément sélénium » dont les « meilleures sources naturelles [sont les] céréales complètes, légumes, légumineuses, fruits frais, secs et oléagineux ».

 

Informations complémentaires sur les radicaux libres : laboratoires Yves Ponroy (pdf)

 

 

Synthèse :

 

Et là, si vous avez bien suivi jusqu'ici (je reconnais ce n'est pas simple ce billet est un vrai petit pavé), le lien doit se faire entre tout ce que je viens de vous expliquer :

  1. Nous avons des aliments que, par souci hygiénique, nous passons à l'irradiation.
  2. L'irradiation altère l'aliment, créant d'un côté des radicaux libres toxiques, de l'autre détruisant les nutriments qui nous sont nécessaires, notamment les vitamines.
  3. Pour lutter contre ces radicaux libres toxiques, nous avons besoin d'antioxydants comme les vitamines, mais celles-ci ont été détruites par l'irradiation.

Pour moi le remède est pire que le mal. Cette technique est un véritable poison. Un poison lent, mais un poison quand même.

 

 

Que fait la police ? 

 

L'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, AFSSA, dans sa « Revue des données récentes relatives à l’ionisation des denrées destinées à l’alimentation humaine » (pdf) version corrigée de juin 2008, conclue son étude ainsi :

 

« Par comparaison à l’hydrolyse provoquée par des traitements technologiques tels que la chaleur, la cuisson ou des procédés à effet oxydant, les produits de radiolyse provenant d’un traitement par ionisation sont de même nature chimique et sont synthétisés dans des proportions semblables. »

 

« L’ionisation des aliments avec des doses allant jusqu’à 10 kGy peut induire différents types de réactions chimiques, dont une hydrolyse de certains composants des aliments. Toutefois, les radicaux libres produits à l’issue d’un traitement ionisant ont une durée de vie très courte dans un milieu aqueux et les effets chimiques rapportés ne sont pas spécifiques d’un traitement par ionisation. »

 

En d'autres termes, irradier les aliments ce n'est pas pire que les cuire. Circulez, y'a rien à voir !

 

 

De qui se moque-t-on ?

 

Voici la liste des aliments autorisés à l'irradiation en France, avec leur première date d'autorisation d'irradiation, ainsi que l'avis de la commission européenne de 2002 sur le sujet : (source criirad)

 

ALIMENT PREMIERE AUTORISATION DOSE kGY FRANCE DOSE kGY UE
Epices et aromates 09/1982 11 10
Gomme arabique 05/1985 10 3
Flocons et germes de céréales 05/1985 10 10
Légumes déshydratés 05/1985 10 supprimée
Sang séché, plasma... 11/1986 10 10
Herbes aromatiques surgelées 05/1990 10 supprimée
Colostrum bovin congelé 01/1992 10 supprimée
Caséine et caséinate 07/1991 6 6
Viande de volaille 02/1985 5 5
Farine de riz 11/1988 5 4
Volaille haché, broyée, morcelée 08/1990 5 5
Crevettes décortiquées/étêtées congelées 10/1990 5 5
Cuisses de grenouilles congelées 05/1988 4 5
Blanc d'oeuf liquide déshydraté/congelé 10/1990 4 3
Fraises 12/1988 3 supprimée
Légumes et fruits secs 01/1988 1 à 6 1 / supprimée
Abats de volailles 07/1997 1,5 à 4 5
Camembert au lait cru 03/1993 2,25 à 3,5 supprimée
Aulx, oignons, échalotes 06/1984 0,15 0,075

 

Alors je vous le demande : vous cuisez vos fraises, vous, ou votre camembert ? Vous cuisez l'ail que vous mettez dans votre aïoli ? Vous cuisez toujours vos légumes, comme les oignons, tomates, salades et autres concombres ?? En hiver, vous ne mangez pas des fruits secs sensés fortifier votre organisme avec leur plein de vitamines, comme les abricots, raisins, pruneaux ou dattes ??? Sans parler des épices, des aromates ou des céréales...

 

C'est du délire.

Et dans notre pays, toujours à mettre en avant le nucléaire, plus qu'ailleurs.

 

 

Un marteau pour écraser des poux :

 

On essaie d'écraser des poux avec un marteau, et on en arrive à défoncer le crâne sur lequel sont les poux. Et, pire, on apprend à la génération de poux suivante à éviter le marteau. Tout ça dans le but d'apporter à l'autre bout du monde des aliments exotiques et/ou moins chers et/ou à l'apparence parfaite, alors qu'ils sont qualitativement moins nourrissants, et contribuent à notre intoxication.

 

Notre monde devient fou. J'ai écrit dans mon billet « Le nucléaire, une source d'énergie d'avenir ? » que j'étais un écologiste radical. Celui d'aujourd'hui va me permettre de vous donner un exemple - et je précise que ce qui suit n'engage que moi.

 

Ca vous fait mal que le prix de l'énergie pétrolière (essence, gasoil, fuel, gaz...) augmente sans cesse ? Hé bien moi j'espère que ça va continuer, et le plus longtemps sera le mieux. Parce que c'est le seul moyen de remettre un peu de plomb dans la cervelle de l'humanité.

 

Avec un carburant toujours plus cher, impossible pour l'industrie agro-alimentaire de continuer son manège. Car ne nous leurrons pas, il n'y a aucun autre moyen de la pousser, au niveau mondial, à stopper l'irradiation des aliments. On ne peut pas lui faire confiance, parce qu'on ne peut pas la surveiller partout, et qu'il n'y a aucun moyen de prouver à posteriori qu'un aliment a été irradié ou pas. C'est d'ailleurs pour ça que l'agriculture biologique s'est vu repousser sa demande de certification " non-irradié ", elle ne pourra jamais démontrer qu'elle n'utilise pas l'irradiation.

 

Et pourquoi irradit-on les aliments ? Parce que c'est rentable. C'est rentable de les fabriquer dans des coins du monde qui se fichent complètement des règles sanitaires. C'est rentable d'y payer les travailleurs de la terre une misère. C'est rentable avec un carburant pas cher de nous les acheminer. Parce qu'une fois qu'ils sont sur les étals de nos supermarchés, on n'y voit aucune différence gra^ce à l'irradiation, et ils sont malgré tout vendus moins chers que la production locale.

 

Alors comme nous vivons dans un monde fini dont le moteur principal, le pétrole, n'existe qu'en quantité limitée, je pense que c'est ce seul paramètre qui pourra mettre un frein à ce délire alimentaire qu'est l'irradiation.

 

Et c'est à nous, dans notre coin, de réfléchir à ce que nous faisons. Des fraises et des framboises fraîches à Noël, ça ne vous est jamais paru suspect ? Achetez local. Achetez frais. Diversifiez vos sources d'approvisionnement. Mangez les produits de saison. Cuisez à la vapeur, le type de cuisson qui préserve au mieux la qualité nutritive de nos aliments.

 

Un grand " Merci ! " à tous ceux qui ont eu le courage de lire jusqu'ici. Pour vous récompenser, deux documents. Tout d'abord un article complémentaire de Doctissimo « Aliments irradiés : quels sont les risques ? » et, le plus important, le pdf à imprimer et à emporter avec vous quand vous faites les courses « Irradiation des aliments : quels produits sont concernés ? ».

 


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Published by M@x - dans Nucléaire
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commentaires

Hobbes 16/06/2017 15:43

Les croquettes pour chiens Orijen sont-elles dangereuses du fait d'éventuelles radiations imposées par la France ?... Merci pour votre réponse.

Sylvie 07/11/2016 14:09

Super bon article! Merci! Je suis bien contente d'en savoir plus sur l'histoire avec Orijen. C'est là une preuve que même s'il ne reste pas de radioactivité dans le produit, le produit est changé par la suite, au point de pouvoir rendre malade ou même de causer des décès. Merci de partager ces recherches.

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